Article - "Les entreprises ont besoin de moutons à six pattes"

Enjeux - 18/03/2008
Bernard Tronel* : " Les entreprises ont besoin de moutons à six pattes "
*DG d' Essensys, cabinet leader dans le management de transition.
Enjeux-Les Echos : Que cherchent les entreprises en s'adressant à vous ?
Bernard Tronel : Des cadres de haut niveau, des DG et des directeurs financiers surtout mais aussi des DRH, des directeurs informatiques, des directeurs d'achat. Elles en ont besoin vite, pour des missions d'une durée moyenne de 6 mois. Souvent, elles nous appellent quand elles cherchent, non pas des moutons à cinq mais à six pattes ! Par exemple, un de nos clients français, une entreprise industrielle réalisant un milliard d'euros de chiffre d'affaires et filiale d'un groupe international, a décidé de délocaliser sa fonction financière dans un pays " low-cost ". Nous lui avons trouvé un manager capable d'assurer l'intérim opérationnel du cadre titulaire du poste, qui lui a été en charge de réaliser le transfert. Nous avons aussi fourni à une société de capital investissement qui a repris une grosse firme, un cadre capable de coordonner 60 projets lancés en parallèle, de la production aux RH. Autres exemples : nous avons trouvé un expert en gestion du changement pour un groupe agroalimentaire désireux de revoir sa stratégie d'achat, en place depuis 25 ans, mais aussi procuré un gestionnaire de crise à une entreprise au bord du dépôt de bilan, pour faire un diagnostic flash, gérer le cash...
Enjeux : Qu'apportent de différent les " cadres de transition " ? N'ont-ils pas tendance à être pris pour des " sous " cadres, des cadres " au rebut " ?
Bernard Tronel : Ils apportent un regard neuf, sans préjugés, n'ont pas de liens subjectifs ou affectifs préalables avec les subordonnés, et disposent pour cela d'une forte liberté d'expression, dégagée des considérations de politique interne car ces cadres n'ont pas vocation à rester dans l'entreprise, même si 20% d'entre eux environ le font finalement. Par exemple, nous avons mis en place un directeur financier dans une entreprise rachetée par un groupe qui avait laissé à sa tête l'ancien propriétaire. Ce dernier continuait à gérer comme avant, comme si l'entreprise lui appartenait encore. Notre cadre a découvert que les comptes n'étaient pas certifiés depuis deux ans ! Il a pu être très ferme, réclamer les moyens de certifier en mettant sa démission dans la balance. Il a eu gain de cause. Alors, bien sûr, les managers de transitions sont loin d'être des cadres au rebut, au contraire ! Le profil type, c'est un homme entre 45 et 55 ans, entre deux jobs, mais qui préfère une mission à l'inaction. Il a d'excellentes compétences dans son métier, dans son secteur, dans sa fonction et a montré sa mobilité. Pour certains, ça devient même un choix assumé. En juillet, un HEC de 60 ans, très beau parcours professionnel mais las de son job, m'a appelé en me demandant " c'est quoi, le management de transition ". Je lui ai vite trouvé une mission au Mexique. Depuis, il est reparti au Maroc, en Inde...
Enjeux : Comment les recrutez-vous ?
Bernard Tronel : Nous recevons spontanément beaucoup de CV. Il y a aussi le bouche à oreille, les cours et conférences que nous donnons...et nos réseaux individuels. Lorsqu'on cherche un profil pour une mission difficile, nous activons nos contacts, nous passons des dizaines de coups de fil et au passage nous récupérons pas mal de CV ! La phase de vérification des références - les diplômes, les trois derniers patrons appelés systématiquement - génère aussi des contacts utiles. Et on commence à utiliser les réseaux sociaux professionnels. Nous disposons d'une base de plus de 4200 managers.
Propos recueillis par Claude Vincent
18/03/2008
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